• Contexte générale

La dégradation rapide de la biodiversité est un phénomène majeur. Cette crise est directement ou indirectement liée à l’homme et la prise de conscience de ces effets est désormais clairement énoncée à une échelle internationale (Conférence de Rio, Conférence de Montréal) mais aussi nationale. Le maintien de la biodiversité repose sur des interactions complexes entre les différentes espèces, les milieux et l’homme. L’écologie de la conservation doit désormais élargir son champ d’action aux terres exploitées (« espaces ordinaires ») et œuvrer à l’aménagement des territoires.

En France, les milieux patrimoniaux ont été façonnés par les activités traditionnelles. C’est le cas du paysage bocager, bien développé dans l’ouest de la France, qui constitue un patrimoine agronomique et écologique remarquable. Après avoir connu son apogée au milieu du 19ème siècle, le bocage a été profondément touché par les changements de pratiques et l’intensification de l’agriculture. Ces mutations ont eu un impact fort sur des zones bocagères telles que le grand Ouest. A l’échelle de la France, ce sont donc 45 000 km de haies par an qui ont disparu entre 1975 et 1987. En Poitou-Charentes, 36% du linéaire de haies a disparu entre 1960 et 2002 (Etude IAAT 2009, financée par la région PC). Les arrachages de haies se poursuivent encore aujourd’hui.

Les haies bocagères remplissent pourtant au moins six grandes fonctions au sein d’un paysage : la régulation du climat, la régulation hydraulique, une fonction de production, l'amélioration du cadre de vie, l'amélioration du confort pour les animaux domestiques et le maintien d'équilibres interspécifiques. Les haies constituent également des éléments clés pour la faune sauvage. Elles constituent des zones de transition entre un milieu fermé (habitat forestier) et un milieu ouvert (cultures, prairies). Elles offrent un support trophique et permettent la dispersion pour de nombreuses espèces.

  • Restauration du bocage et biodiversité

Des actions concrètes ont été mises en œuvre, depuis une décennie à l’échelle départementale voire régionale. En 2002, la Délégation Interrégionale Poitou-Charentes-Limousin de l’ONCFS a organisé un colloque européen sur les bocages à Cerizay (79). Le bocage fait désormais partie des milieux figurant dans les orientations régionales de gestion et de conservation de la faune sauvage et de ses habitats (ORGFH) arrêtées par le Préfet de Région en 2005. L’ONCFS a récemment créé un pôle dédié à une gestion durable des milieux bocagers prenant en compte la faune sauvage. Le pôle « bocage et faune sauvage » à vocation nationale est actuellement en cours de structuration.

Afin de mettre en place une gestion durable de la biodiversité de l’écocomplexe bocager,il est essentiel de considérer la diversité des espèces constitutives. En effet, l’évaluation de la qualité des habitats ne peut se faire qu’à la lumière d’une approche globale considérant des groupes aux besoins écologiques contrastés. Traditionnellement, les espèces à fort intérêt cynégétique ont été largement considérées dans l’évaluation et la gestion du bocage. D’autres groupes moins emblématiques comme les reptiles et les amphibiens peuvent cependant apporter des informations complémentaires essentielles :

- Ils ont des capacités de déplacement et de dispersion généralement très limitées (< à 1km). Cet aspect va conditionner la persistance d’une espèce vivant dans un milieu dégradé. En effet, suite à une perturbation de l’habitat, il sera impossible aux individus de se déplacer sur de longues distances afin de trouver des nouveaux milieux d’accueil.

- Ils sont particulièrement sensibles à l’agencement du paysage et aux pratiques qui en découlent. Les amphibiens et reptiles ne possèdent pas de possibilité de production de chaleur et leur température varie selon les conditions thermiques du milieu. Ils sont donc très dépendants de la structure de l’habitat (abondance et diversité des refuges) pour leur physiologie. Par ailleurs, les amphibiens ont un cycle de vie incluant la présence d’habitats terrestres et aquatiques.

Bocage de Bougon (79). © A. Boissinot
Bocage de Bougon (79). © A. Boissinot

Illustrations : Maryvonne Lorgeré